Résumé exécutif

Le sommet Africa Forward de Nairobi (11-12 mai 2026), co-présidé par Macron et Ruto, constitue le premier exercice de politique africaine de la France en pays anglophone non ancien colonisé. Le paquet annoncé – 23 milliards d’euros d’investissements, dont 14 milliards d’entreprises françaises – est un paquet d’investissement privé, pas de transferts publics. Le précédent du Build Back Better World (30-40 % de réalisation) et des 100 milliards climat de Copenhague (deux ans de retard) invite à la prudence.

En face, la Chine a étendu le 1er mai 2026 son régime de tarif zéro à 53 pays africains – accès commercial inconditionnel, sans clause de gouvernance ni exigence ESG. Le démantèlement de l’USAID a supprimé environ 60 milliards de dollars de financements, avec des projections de 5,7 millions d’Africains supplémentaires en extrême pauvreté d’ici fin 2026 et une hausse de 10 % des événements conflictuels en Afrique (CGD). Le Kenya, l’Éthiopie et le Mozambique convertissent leur dette du dollar vers le yuan, économisant 167 millions de dollars pour le seul Kenya.

L’APD française baisse tendanciellement (de 0,55 % du RNB en 2024 vers 0,50 % en 2026). Les spreads souverains africains divergent : +45 points de base pour la périphérie contre +4 pour le coeur, soit un ratio de 11 pour 1.

Test pour Évian : Nairobi apporte la légitimité africaine (30 chefs d’État), un benchmark d’investissement et un agenda énergétique. Il ne résout pas la contradiction entre la contraction de l’aide française et la promesse de partenariats transformateurs. La crédibilité de la présidence française se mesure à l’écart entre ses annonces et ses actes – et cet écart est le plus large qu’il ait été depuis la fin de la guerre froide.


1. Le sommet Africa Forward, tenu à Nairobi les 11 et 12 mai 2026 sous co-présidence française et kenyane, constitue le premier exercice de politique africaine de la France en pays anglophone non ancien colonisé. Ce choix géographique n’est pas anodin : il signale une volonté de sortir du périmètre francophone qui a structuré — et piégé — la diplomatie africaine de Paris depuis les indépendances. Mais un sommet ne refonde pas une politique. Il la teste. Et le test de Nairobi est un test de cohérence entre les engagements annoncés et les ressources mobilisées, entre la promesse de partenariats transformateurs et la réalité d’une aide publique au développement en contraction structurelle.

2. Cette note analyse les résultats du sommet, les situe dans le contexte de la compétition sino-française en Afrique, évalue les implications du retrait américain de l’aide et de la dédollarisation africaine, et identifie ce que la Déclaration de Nairobi peut et ne peut pas apporter à la séquence d’Évian.


1. Nairobi : la géographie comme message

3. Le choix du Kenya comme pays hôte obéit à une triple logique. D’abord, une logique de légitimation : organiser un sommet France-Afrique dans un pays anglophone de l’Est africain — première en six décennies de sommets franco-africains — désamorce partiellement la critique de néocolonialisme qui a empoisonné les précédentes éditions, de La Baule (1990) à Montpellier (2021)1. Le Kenya n’a pas de contentieux colonial avec la France, ce qui élimine le prisme post-colonial comme grille de lecture dominante.

4. Ensuite, une logique d’alignement stratégique. Le président Ruto, co-président du sommet, incarne une nouvelle génération de dirigeants africains qui manie le langage de la réforme de l’architecture financière internationale avec une crédibilité que les chefs d’État francophones ne possèdent pas au même degré dans les enceintes multilatérales. Sa présidence du comité de l’Union africaine sur la réforme des institutions financières internationales lui confère un mandat continental que la France peut exploiter comme relais pour ses propres propositions à Évian2.

5. Enfin, une logique économique. Le Kenya est la sixième économie d’Afrique, la porte d’entrée de l’Afrique de l’Est, et un hub technologique qui accueille les sièges régionaux de Google, Microsoft et d’une centaine de start-ups financées par le capital-risque international. Choisir Nairobi, c’est choisir le narratif de l’Afrique qui innove plutôt que de l’Afrique qui reçoit — un recadrage que Paris poursuit depuis le sommet de Montpellier mais qui n’avait jamais été territorialisé hors du périmètre francophone.

6. Plus de 30 chefs d’État et de gouvernement africains ont participé, aux côtés de 1 500 représentants d’entreprises de 55 pays. Le programme s’est articulé autour de sept thèmes : transition énergétique, réforme de l’architecture financière internationale, économie bleue, agriculture durable, intelligence artificielle et numérique, santé, paix et sécurité3. Cette couverture thématique exhaustive est à la fois un atout — elle démontre une ambition globale — et une faiblesse — elle dilue les résultats dans un spectre trop large pour être opérationnel.


2. Les livrables : 23 milliards d’euros, mais de quoi ?

7. L’annonce phare du sommet est un paquet d’investissements de 23 milliards d’euros (27 milliards de dollars), dont 14 milliards provenant d’entreprises françaises et 9 milliards d’entreprises africaines, concentrés sur la transition énergétique, l’agriculture et l’intelligence artificielle4. Ce montant mérite une décomposition analytique.

8. Premièrement, il s’agit d’engagements d’investissement privé, pas de transferts publics. La distinction est capitale : les investissements privés sont conditionnés à la rentabilité, au risque-pays et à l’environnement réglementaire. Ils ne se substituent pas à l’aide publique au développement et ne ciblent pas les mêmes bénéficiaires. Un investissement de TotalEnergies dans le solaire kenyan et un programme de santé maternelle au Sahel ne répondent pas aux mêmes besoins. L’agrégation des deux dans un chiffre unique masque cette hétérogénéité.

9. Deuxièmement, les engagements de sommets antérieurs fournissent un indicateur de crédibilité. Le Build Back Better World (B3W), annoncé au G7 de Carbis Bay en 2021, n’a atteint que 30 à 40 % de ses engagements. Les 100 milliards de dollars de financement climatique promis à Copenhague en 2009 n’ont été atteints qu’en 2022, avec deux ans de retard5. La tolérance des interlocuteurs africains pour les annonces non suivies d’exécution est proche de zéro. Comme le notait la note sur le triangle d’Évian, le test de Nairobi est un test de livrables, pas de promesses.

10. Troisièmement, la ventilation sectorielle soulève des questions. La transition énergétique absorbe la plus grande part des engagements, ce qui est cohérent avec les priorités du G7 et avec le rapport Songwe-Stern de 2022 qui chiffrait les besoins de financement de l’énergie et de la transition à 1 600 milliards de dollars par an, auxquels s’ajoutent 300 milliards pour le capital naturel6. Mais l’agriculture durable et la santé, qui touchent directement les populations les plus vulnérables, ne représentent qu’une fraction minoritaire du paquet. Le risque est que Nairobi reproduise le biais structurel de l’aide internationale : les investissements vont là où les rendements sont prévisibles (énergie, numérique), pas là où les besoins sont les plus aigus (santé, éducation, agriculture de subsistance).


3. Le facteur chinois : zéro tarif contre zéro condition

11. Le contexte concurrentiel dans lequel Nairobi s’inscrit est défini par une initiative chinoise de portée considérable. Le 1er mai 2026, la Chine a étendu son régime de tarif zéro à 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques — l’ensemble du continent à l’exception de l’Eswatini, qui reconnaît Taïwan7. Cette mesure fait de la Chine la première grande économie à offrir un accès tarifaire intégral et unilatéral à l’ensemble de l’Afrique.

12. L’initiative se déploie en deux volets. Le premier, effectif depuis décembre 2024, supprime les droits de douane sur 100 % des lignes tarifaires pour les 33 pays les moins avancés (PMA) d’Afrique. Le second, entré en vigueur le 1er mai 2026, étend ce traitement préférentiel aux 20 pays africains non-PMA qui entretiennent des relations diplomatiques avec Pékin, pour une période initiale de deux ans (jusqu’au 30 avril 2028)8. La portée de cette mesure ne doit être ni surestimée ni sous-estimée.

13. Surestimée, parce que les barrières non tarifaires chinoises (normes sanitaires et phytosanitaires, exigences de certification, délais de dédouanement) restent les principaux obstacles aux exportations africaines vers la Chine, bien plus que les droits de douane formels. Les exportations africaines vers la Chine restent dominées par les matières premières (pétrole, minerais, bois), dont les droits étaient déjà faibles ou nuls. L’effet marginal du tarif zéro sur les exportations de produits manufacturés africains sera limité à court terme.

14. Sous-estimée, parce que le signal politique est puissant. La Chine offre un accès commercial sans condition politique explicite — ni clause de gouvernance, ni exigence environnementale, ni conditionnalité démocratique — au moment précis où les partenaires occidentaux réduisent leur aide et durcissent leurs conditions. Le contraste entre les 23 milliards d’euros d’investissements annoncés à Nairobi, conditionnés à la rentabilité et aux standards ESG, et l’accès tarifaire inconditionnel offert par Pékin, n’échappe à aucun dirigeant africain.


4. Le retrait américain : le vide et ses conséquences

15. Le démantèlement de l’USAID, engagé début 2025, a créé un vide dans le paysage du financement du développement africain dont les conséquences commencent à se matérialiser. La suppression de plus de 90 % des contrats d’aide étrangère américaine, représentant environ 60 milliards de dollars de financements annulés, touche l’Afrique de manière disproportionnée9.

16. Les effets sont quantifiables. Selon l’Institute for Security Studies (ISS), le retrait américain pourrait pousser 5,7 millions d’Africains supplémentaires dans l’extrême pauvreté d’ici fin 2026, un chiffre susceptible d’atteindre 19 millions à l’horizon 203010. Une étude publiée dans The Lancet projette que les coupes dans l’aide mondiale pourraient provoquer 9,4 millions de décès supplémentaires d’ici 2030, dont 2,5 millions d’enfants de moins de 5 ans11. Au Kenya, les start-ups font face à un déficit de financement de 100 millions de dollars laissé par les coupes de l’USAID, avec une contraction estimée à 15 % de l’écosystème start-up dans les trois prochaines années.

17. Sur le plan sécuritaire, une étude récente du Center for Global Development (CGD) établit un lien causal entre l’interruption brutale des programmes USAID et une augmentation d’environ 10 % des événements conflictuels et des morts au combat en Afrique12. Le mécanisme est direct : les programmes de stabilisation, de médiation communautaire et de gouvernance locale qui contenaient la violence dans les zones fragiles ont été interrompus du jour au lendemain, sans mécanisme de substitution.

18. La question posée par l’ISS — « la baisse de l’aide est-elle une opportunité ? » — appelle une réponse nuancée. Pour les pays à fondamentaux solides (Kenya, Côte d’Ivoire, Rwanda, Sénégal), le retrait américain peut accélérer la diversification des sources de financement et réduire la dépendance envers un donateur unique. Pour les pays fragiles (Sahel, Corne de l’Afrique, Grands Lacs), il constitue un choc supplémentaire dans un contexte déjà dégradé. La réponse est binaire selon les fondamentaux du pays, pas universelle.


5. La dédollarisation africaine : un signal structurel

19. En parallèle du sommet de Nairobi, un mouvement de fond redessine la géographie financière du continent. Le Kenya a finalisé en octobre 2025 la conversion de son prêt de la Standard Gauge Railway (646 milliards de shillings kenyans) du dollar vers le yuan, réduisant ses coûts de service de la dette de 167 millions de dollars13. Les remboursements semestriels à l’Export-Import Bank of China sont passés de 59 milliards de shillings à 37,5 milliards, soit une réduction de 37 %. L’Éthiopie a engagé des négociations similaires pour convertir au moins une partie de ses 5,38 milliards de dollars de dette chinoise en yuan14. Le Mozambique explore la même voie.

20. Ce mouvement n’est pas une dédollarisation idéologique. Il est arithmétique : dans un contexte de dollar fort (indice DXY au-dessus de 104 depuis début 2026) et de taux d’intérêt américains élevés, le service de la dette libellée en dollars devient insoutenable pour des économies dont les recettes d’exportation sont en partie en monnaie locale ou en yuan. La conversion en yuan, dont le taux est plus stable face aux monnaies africaines grâce aux accords de swap bilatéraux, réduit mécaniquement le coût du service de la dette.

21. Le Fonds monétaire international (FMI) a néanmoins signalé les risques de cette stratégie : l’exposition au yuan introduit une nouvelle forme de volatilité monétaire et crée une dépendance financière envers la Chine qui pourrait limiter la marge de manoeuvre politique des emprunteurs15. Le paradoxe est que la dédollarisation, présentée comme un acte d’émancipation financière, substitue une dépendance à une autre. Le Kenya économise 167 millions de dollars aujourd’hui, mais il s’expose à la politique monétaire de la Banque populaire de Chine demain.

22. Pour la France et le G7, ce mouvement constitue un signal d’alerte. La fragmentation monétaire de l’Afrique — entre dollar, yuan, euro et monnaies locales — complique les mécanismes de financement multilatéral et réduit l’efficacité des instruments libellés en droits de tirage spéciaux (DTS). Le rechanneling des DTS vers l’Afrique, promis à Paris en juin 2023 et jamais pleinement mis en oeuvre, perd de sa pertinence si les bénéficiaires potentiels réorientent leur structure de dette vers le yuan.


6. Le Sahel : la faille sécuritaire de la présidence française

23. Le sommet de Nairobi n’a pas résolu — et ne pouvait pas résoudre — la question sahélienne, qui constitue la faille la plus visible de la crédibilité française en Afrique. L’Alliance des États du Sahel (AES), formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger après les coups d’État de 2020-2023 et leur retrait de la CEDEAO, est politiquement consolidée mais sécuritairement défaillante.

24. L’attentat du 25 avril 2026, au cours duquel des djihadistes et leurs alliés séparatistes touareg ont lancé la plus grande offensive au Mali depuis près de 15 ans, capturant la ville clé de Kidal et tuant le ministre de la Défense Sadio Camara, a exposé la fragilité du dispositif sécuritaire de l’AES16. L’assaut a révélé trois faiblesses structurelles. D’abord, l’effondrement des réseaux de renseignement du régime de Bamako : l’assassinat ciblé du ministre de la Défense démontre une pénétration des cercles décisionnels que la junte n’avait pas anticipée. Ensuite, les limites du soutien russe : les mercenaires de l’Africa Corps, déployés pour défendre Kidal, ont été contraints de négocier un retrait humiliant, démontrant que Moscou ne peut pas se substituer à la France comme garant sécuritaire du Sahel17. Enfin, l’absence de solidarité effective au sein de l’AES : le Burkina Faso n’a pas observé les usages de deuil africains après l’assassinat de Camara, poursuivant son propre festival culturel — illustration que l’Alliance « affirme des objectifs communs avec une rhétorique forte mais reporte avec une clarté vigoureuse les agendas d’action commune »18.

25. Pour la France, cette situation est paradoxale. Le retrait militaire du Sahel (Barkhane, Sabre) entre 2022 et 2024, imposé par les juntes, a été vécu comme un échec stratégique. Mais l’effondrement sécuritaire post-retrait valide a posteriori l’argument français selon lequel la présence militaire française contenait une menace que les régimes sahéliens ne pouvaient pas contenir seuls. Cette validation rétrospective ne se traduit pas en levier diplomatique : la France ne peut pas capitaliser sur l’échec sécuritaire des juntes sans paraître exploiter les malheurs de populations qu’elle est censée aider.


7. Les spreads souverains : le tri qualitatif du marché

26. Les marchés financiers opèrent un tri qualitatif entre les économies africaines qui n’est pas un repli généralisé. Depuis le début de la crise d’Ormuz fin février, l’écart de taux souverain médian des marchés émergents de la périphérie a augmenté de 45 points de base, atteignant 332 points de base, tandis que l’écart médian des marchés émergents du coeur n’a progressé que de 4 points de base19. Cette divergence de 11 pour 1 entre périphérie et coeur traduit un recalibrage du risque par les investisseurs, pas une panique indifférenciée.

27. Pour les pays africains, cette divergence signifie que l’accès aux marchés de capitaux internationaux est devenu fonction non plus seulement de la notation souveraine mais de l’exposition perçue au choc d’Ormuz et au retrait de l’aide. Le Kenya (Moody’s B3), qui accueille le sommet et bénéficie d’un statut de hub technologique, a vu ses spreads augmenter modérément. Le Ghana (Moody’s Ca), en restructuration de dette, a vu les siens exploser. L’Afrique du Sud (Moody’s Ba2), productrice d’or et de platine, a bénéficié de la hausse des matières premières pour contenir l’élargissement.

28. L’AFD, dans L’Économie africaine 2026, projette une croissance continentale d’environ 4 % en 2025 — supérieure à la moyenne mondiale d’environ 3 % — mais souligne que cette performance agrégée masque des disparités considérables et reste insuffisante pour absorber la dynamique démographique20. Le continent ajoute 30 millions de jeunes au marché du travail chaque année ; une croissance de 4 % ne crée pas les emplois nécessaires pour les absorber. Le financement des économies africaines demeure l’enjeu central, appelant à une mobilisation accrue de l’épargne domestique, des banques publiques de développement et des partenariats internationaux.


8. Ce que Nairobi peut apporter à Évian — et ce qu’il ne peut pas

29. La Déclaration de Nairobi est conçue pour alimenter explicitement le communiqué d’Évian. Elle peut y injecter trois éléments.

30. Premièrement, la légitimité africaine. Un engagement africain sur la réforme de l’architecture financière internationale, co-signé par 30 chefs d’État, donne au G7 un mandat de fait pour porter ces réformes dans les instances multilatérales. La voix de Ruto sur la réforme des institutions de Bretton Woods pèse davantage que celle de Macron dans les forums du Sud global.

31. Deuxièmement, le benchmark d’investissement. Les 23 milliards d’euros de Nairobi établissent un plancher d’engagement que les autres membres du G7 seront invités à égaler ou dépasser à Évian. Le risque est que ce plancher devienne un plafond — que les partenaires du G7 considèrent l’annonce de Nairobi comme l’effort africain de la présidence française et n’ajoutent rien de substantiel.

32. Troisièmement, l’agenda de la transition énergétique. L’articulation entre Africa Forward et la ministérielle G7 Énergie-Environnement permet de lier les engagements énergétiques africains aux instruments de financement du G7, créant une cohérence entre l’offre de projets (Nairobi) et l’offre de financement (Évian).

33. Ce que Nairobi ne peut pas apporter à Évian, c’est la résolution des contradictions structurelles de la politique française. La France ne peut pas simultanément réduire son aide publique au développement (en baisse tendancielle depuis 2022 sous l’effet de la compétition budgétaire avec la défense), promettre un nouveau partenariat transformateur, et maintenir sa crédibilité auprès de partenaires africains qui observent l’écart entre les paroles et les actes avec une acuité croissante. La contraction de l’APD française, de 0,55 % du RNB en 2024 à une trajectoire qui la rapproche de 0,50 % en 2026, constitue un signal que les annonces d’investissement privé ne compensent pas. L’aide publique et l’investissement privé ne sont pas substituables : ils servent des fonctions différentes, pour des bénéficiaires différents, selon des temporalités différentes.

34. Son expérience au Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay a forgé la conviction que la crédibilité d’une présidence du G7 ne se mesure pas à l’ambition de ses annonces mais à l’écart entre ses annonces et ses actes. Pour la France en Afrique, cet écart est le plus large qu’il ait été depuis la fin de la guerre froide. Le sommet de Nairobi a produit un récit convaincant ; la séquence d’Évian déterminera s’il est adossé à une politique.


Notes


  1. The Conversation, « Why Nairobi Africa-France summit bears the hallmarks of Macron and Ruto priorities », mai 2026 ; Modern Diplomacy, « Macron and Ruto Strengthen Ties at Nairobi Africa-France Summit », 11 mai 2026. ↩︎

  2. Ecofin Agency, « Évian 2026: The Unofficial African Agenda of the G7 », mai 2026. ↩︎

  3. Site officiel du sommet Africa Forward 2026 : https://africaforwardsummit.go.ke/ ↩︎

  4. Al Jazeera, « France’s Macron announces $27bn investment in Africa at Kenya summit », 12 mai 2026 ; The Washington Post, « France’s Macron unveils a $27 billion investment in Africa at a partnership summit in Kenya », 12 mai 2026. ↩︎

  5. Note « L’Afrique dans le triangle d’Évian », Eric Gabin Kilama, mars 2026. ↩︎

  6. Songwe, Stern et Bhattacharya, Finance for Climate Action, LSE IHLEG, 2022. 1 600 milliards de dollars par an pour l’énergie et la transition, 300 milliards pour le capital naturel. ↩︎

  7. CGTN, « China-Africa Cooperation — Zero Tariffs, Shared Horizons », 1er mai 2026 ; The Voice of Africa, « China Expands Zero-Tariff Policy to 53 African Countries, Excluding Eswatini », 4 mai 2026. ↩︎

  8. Gouvernement chinois (english.www.gov.cn), « China implements historic zero tariffs for all African nations with diplomatic ties », 1er mai 2026. Période d’application : 1er mai 2026 — 30 avril 2028. ↩︎

  9. CNN, « One year on from dismantling of USAID, study projects that global aid cuts could lead to 9.4 million deaths by 2030 », 4 février 2026. ↩︎

  10. ISS Africa, « Is the loss of aid an opportunity for Africa? », avril 2026. Modélisation via IFs v8.38. ↩︎

  11. The Lancet, étude sur les projections de mortalité liées aux coupes dans l’aide mondiale, février 2026. ↩︎

  12. Center for Global Development (CGD), « US Aid Cuts Fueled Conflict in Africa », mai 2026. ↩︎

  13. Bloomberg, « Yuan-for-Dollar Swap Trims Kenya Debt Costs by $167 Million », 2 février 2026 ; China Global South, « Kenya Cuts Debt Costs With Yuan Swap », 3 février 2026. ↩︎

  14. Bloomberg, « Ethiopia in Talks With China to Convert Dollar Loans to Yuan », octobre 2025 ; Addis Insight, « IMF Flags Currency Risks as Kenya and Ethiopia Pivot to Yuan Debt Swaps », novembre 2025. ↩︎

  15. Finance in Africa, « IMF flags currency risks as Kenya, Ethiopia shift Chinese loans to yuan », 2026. ↩︎

  16. Chatham House, « Mali attacks show security cannot be delivered by military means alone », avril 2026 ; Stimson Center, « Mali Attacks: Aggravating the Sahel Security Crisis », 2026. ↩︎

  17. Fair Observer, « Attacks in Mali: Sahel States Claim One Alliance but Pursue Different Agendas », 2026. ↩︎

  18. Ibid. ↩︎

  19. Federal Reserve Bank of New York, Liberty Street Economics, « A Closer Look at Emerging Market Resilience During Recent Shocks », avril 2026. Spread médian périphérie EM : +45 bps ; spread médian coeur EM : +4 bps. ↩︎

  20. AFD, L’Économie africaine 2026, Éditions La Découverte, janvier 2026. Croissance africaine 2025 : ~4 %, contre ~3 % mondiale. ↩︎