Évian et les déséquilibres mondiaux : le diagnostic juste, la cible à ne pas manquer
Le diagnostic est juste — et c’est précisément ce qui crée le risque
La présidence française a fait des « grands déséquilibres » qui « affectent la stabilité du système international » l’enjeu central du sommet d’Évian. C’est un choix d’ampleur. Cinquante ans après la création du G7, en 1975, au lendemain du premier choc pétrolier, ramener le forum à sa mission d’origine — coordonner les grandes économies autour de principes communs — suppose de nommer correctement le mal. Sur ce point, un détail souvent négligé mérite d’être souligné d’emblée : le mémo que les économistes mandatés par la présidence ont remis le 28 mars 2026 est remarquablement lucide1.
Ce mémo voit ce que beaucoup d’analyses publiques manquent. Il reconnaît que les soldes extérieurs sont mal mesurés et cite explicitement les travaux récents sur l’excédent courant chinois sous-estimé. Il refuse de s’en remettre au seul levier du taux de change pour rééquilibrer les flux. Il prescrit, du côté chinois, un ajustement par la demande — renforcement des filets sociaux, réduction de l’épargne de précaution, réorientation vers la consommation de services plutôt que vers la production industrielle. Il appelle, du côté européen, à élargir le volume d’actifs sûrs. Il pointe, du côté américain, la trajectoire budgétaire et la dette publique. Il nomme enfin les pratiques commerciales coercitives et les risques stratégiques comme des catégories à part entière de l’analyse.
Le risque qu’Évian « manque la cible » ne tient donc pas à un diagnostic erroné. Il tient à trois écarts entre ce que les experts voient et ce qu’un sommet peut faire. La présente note les nomme, et soutient que la France a quelque chose à porter sur chacun.
Les écarts entre le diagnostic et l’action
Le premier écart est celui de la traduction. Un mémo d’économistes est un objet long, prudent, nuancé ; un communiqué de sommet, ou la communication officielle qui le prépare, est un objet court, lisible, mobilisateur. Le passage de l’un à l’autre n’est jamais neutre. La sophistication ne survit pas toujours au format politique, et l’on peut craindre que la richesse analytique du mémo se condense en deux mots d’ordre — « réduire les déséquilibres macroéconomiques » et « coopérer » — qui en perdent l’essentiel.
Le deuxième écart, qui est le cœur de cette note, est un paradoxe de coordination. Le mémo documente les pratiques coercitives et les risques stratégiques, mais son remède reste « une coordination sous la forme simple de mesures simultanées ». C’est un pari coopératif. Or le comportement que le mémo documente lui-même — réserves dissimulées, contrôles à l’exportation, recomposition des chaînes de valeur entre alliés — a précisément érodé la coopération sur laquelle ce pari repose. On ne coordonne pas aisément un jeu devenu non-coopératif. Le mémo ne nomme pas ce paradoxe ; cette note le nomme.
Le troisième écart concerne la mesure. Le mémo voit la mismesure des soldes, puis juge qu’il n’est pas nécessaire de disposer d’estimations très précises pour reconnaître les risques. C’est une position défendable — mais discutable. Si l’on coordonne des « mesures simultanées » calibrées sur ces soldes, l’imprécision n’est plus un détail méthodologique. Elle devient une fragilité de la coopération elle-même.
À ces trois écarts s’ajoute un quatrième angle, moins une faille du mémo qu’un point aveugle de son cadrage : le chaînon du développement. Le mémo se concentre explicitement sur le G3 — États-Unis, Chine, zone euro. Le retrait de la solidarité internationale et la faiblesse de l’investissement dans les pays en développement y sont listés, mais non placés au cœur de l’architecture. C’est là que la voix française peut ajouter le plus, en reliant l’enjeu monétaire au pilier « vérité des flux » du dossier développement du sommet.
Premier écart : du mémo sophistiqué au message simplifié
La communication officielle du sommet structure l’enjeu en deux priorités. La première : « réduire les déséquilibres macroéconomiques mondiaux, qui alimentent les tensions géopolitiques et commerciales ». La seconde : « rebâtir la solidarité internationale, pour passer d’une logique d’aide à de véritables partenariats ». Le diagnostic d’ensemble est juste — il nomme les dépendances stratégiques, les déséquilibres de développement persistants, la remise en cause du multilatéralisme — et il conclut que « trouver des réponses communes et coopératives est plus que jamais nécessaire ».
Le contraste avec le mémo est instructif. Là où la communication parle de « réduire les déséquilibres » et de « coopérer », le mémo parle de mismesure des soldes, d’architecture d’actifs sûrs, d’ajustement par la demande et de pratiques coercitives. Le premier registre est celui des flux à corriger entre blocs ; le second, celui des mécanismes — la composition des bilans extérieurs, la hiérarchie des actifs de réserve, la distribution domestique du revenu qui projette des excédents.
Cet écart n’est pas une critique de la communication politique, dont la fonction est précisément de simplifier pour mobiliser. C’est l’identification d’un point de bascule. Si la déclaration finale d’Évian trace le mémo — c’est-à-dire si elle prend prise sur un mécanisme : la charnière monétaire, la transparence des soldes, ou des garde-fous contre la fragmentation — alors le sommet aura converti un diagnostic lucide en engagement opérationnel. Si elle s’en tient au registre des flux et de la coordination générique, l’analyse des experts sera restée au stade du document préparatoire. C’est une question vérifiable, et c’est le test que propose la conclusion de cette note.
Cet écart de traduction, du reste, n’est pas seulement technique : il est aussi politique. Les problèmes les plus lourds que le mémo nomme — l’instrumentalisation de l’interdépendance, l’affaiblissement des ancrages multilatéraux — sont précisément ceux qu’un sommet à plusieurs peut difficilement inscrire frontalement dans un texte commun sans risquer la fracture. Le repli sur le registre, plus consensuel, des « flux à réduire » n’est alors pas qu’une commodité de communication : c’est aussi une manière de contourner ce qui ne peut être nommé collectivement. Le reconnaître n’est pas s’y résigner — c’est mesurer ce qu’un communiqué peut porter, et ce qui devra emprunter d’autres canaux.
Deuxième écart : le paradoxe de coordination
Voici le nœud. Le mémo nomme la coercition et prescrit la coopération. Ces deux gestes coexistent mal.
La littérature sur l’interdépendance instrumentalisée a montré comment les réseaux économiques mondiaux — systèmes de compensation, chaînes d’approvisionnement, places financières — produisent deux effets que les États exploitent à des fins de coercition2. Le premier est un effet de surveillance : une position centrale dans un réseau permet de voir les flux des autres. Le second est un effet de goulot d’étranglement : elle permet de couper l’accès. Lorsque l’interdépendance devient une arme, les acteurs cessent de jouer le jeu coopératif que la coordination présuppose. Ils se durcissent, diversifient leurs dépendances, dissimulent leurs positions.
Le comportement révélé confirme ce durcissement. Le travail de Brad Setser sur la « fausse dé-dollarisation » de la Chine en est l’illustration la plus nette3. La Chine n’a pas réduit son exposition au dollar ; elle a cessé d’en ajouter à ses réserves officielles tout en logeant ses dollars hors du bilan de son agence des changes — dans les banques d’État et les fonds publics. Ce n’est pas une accusation : c’est un constat de comportement stratégique en environnement de défiance. Une économie qui anticipe le risque d’un gel d’avoirs rend ses positions moins lisibles. C’est rationnel ; c’est aussi exactement le contraire de la transparence qu’une coordination de « mesures simultanées » exigerait.
Le paradoxe est alors net. Le mémo voit l’arme et prescrit la confiance. Or la confiance ne se décrète pas par communiqué : elle se construit. Le format même du sommet d’Évian — et la difficulté à dégager un communiqué unique — en est, à sa manière, le symptôme. Reconnaître que la coordination n’est pas le point de départ disponible, mais l’objectif fragile à reconstruire, n’est pas un constat d’échec. C’est la condition pour calibrer des ambitions réalistes.
Une précision s’impose ici, pour ne pas durcir la thèse au-delà de ce que l’analyse autorise. Il ne s’agit pas de dire que toute coordination est vaine. Le point est plus précis : c’est la coordination des flux — « réduire les excédents et déficits par bloc » — qui se trouve au mauvais bout du continuum, parce que plusieurs cadres analytiques indépendants convergent pour montrer qu’un réalignement des soldes bilatéraux ne corrige pas les déséquilibres. La devise de facturation neutralise le levier du change : environ 40 % du commerce mondial, et l’essentiel du commerce hors États-Unis, est facturé en dollars, de sorte qu’une dépréciation ne réduit pas les prix à l’exportation libellés dans la monnaie dominante4. La distribution domestique du revenu projette les excédents : une part des ménages comprimée engendre une épargne forcée qui doit s’exporter5. L’épargne et l’investissement intérieurs — déficits publics américains, faible épargne privée — déterminent le solde courant bien davantage que la politique monétaire externe6. Et le cycle financier mondial fait que même les changes flexibles n’isolent pas les économies des flux pilotés par l’appétit pour le risque7.
Que quatre cadres rivaux — facturation, distribution, épargne-investissement, cycle financier — convergent vers la même conclusion sur l’inefficacité d’un réalignement des flux est un signal robuste. À l’inverse, savoir lequel de ces mécanismes est le plus déterminant reste un débat ouvert et vivant, qu’il serait imprudent de trancher. Sa forme la plus actuelle, à la veille du sommet, oppose Brad Setser — pour qui la sous-évaluation entretenue du renminbi est au cœur des excédents chinois et appelle une réponse de change — à Gita Gopinath, qui assume, au nom du rapport des économistes du G7 et du Fonds monétaire international, un rejet raisonné de ce remède de change : non par angle mort ni par diplomatie, écrit-elle, mais après l’avoir examiné et conclu qu’il manque la cible8. Ce différend ne porte pas sur la lucidité du diagnostic, mais sur la classe de remède — ce qui est précisément l’objet de cette note. Mais le déplacement est clair : il existe une coordination qui prend prise — sur les garde-fous, le filet de sécurité financier, la transparence — et c’est elle, plus que la coordination des flux, qu’Évian gagnerait à viser.
Troisième écart : la mesure comme plancher de confiance
Le mémo voit la mismesure des soldes et choisit de ne pas s’y attarder, estimant qu’une grande précision n’est pas nécessaire pour reconnaître les risques. C’est ici qu’un désaccord respectueux mais ferme se justifie.
L’ordre de grandeur en cause n’est pas marginal. Selon les estimations de Setser, fondées sur la méthode antérieure à 2021 — solde douanier des biens augmenté de la balance touristique — le véritable excédent courant chinois se situerait de l’ordre de 850 à 950 milliards de dollars, contre environ 550 milliards déclarés en balance des paiements9. L’écart, de l’ordre de 300 à 400 milliards de dollars, représente près de 4 % du PIB chinois. Il s’explique par trois mécaniques. Depuis 2021, la Chine calcule son compte courant à partir d’un jeu de données de paiements interne, moins transparent que les données douanières. Le revenu d’investissement déclaré paraît anormalement bas au regard de la position extérieure en dollars du pays et de la hausse des taux américains. Enfin, les dollars prêtés par les banques d’État ne sont pas détaillés dans la balance des paiements.
Il faut le dire avec précision : il s’agit d’un enjeu de méthodologie et de transparence statistique, non d’une accusation de manipulation. Les changements de nomenclature et les choix de comptabilisation sont des questions techniques légitimes, et plusieurs économies présentent des angles morts statistiques comparables. Mais la conséquence pour une coordination internationale est directe. Si l’on s’accorde sur des « mesures simultanées » d’ajustement calibrées sur des soldes, et que ces soldes sont entachés d’une incertitude équivalente à 4 % du PIB de la deuxième économie mondiale, alors l’imprécision contamine l’engagement lui-même. Dans un jeu coopératif de pleine confiance, on pourrait s’en accommoder. Dans un jeu devenu non-coopératif, où chaque partie soupçonne les autres de sous-déclarer ou de dissimuler, la transparence cesse d’être un raffinement : elle devient le plancher sans lequel aucun engagement n’est crédible.
C’est aussi la raison pour laquelle la mesure est, paradoxalement, la coordination la plus faisable. Convenir d’améliorer la comparabilité et la transparence des statistiques de balance des paiements coûte peu politiquement — bien moins qu’un engagement d’ajustement budgétaire ou de relèvement de la consommation. C’est un livrable coopératif de premier rang : peu onéreux, bâtisseur de confiance, et compatible avec la fonction de surveillance que les institutions multilatérales exercent déjà.
Quatrième angle : le chaînon du développement
Le mémo se concentre sur le G3. Ce choix de cadrage est assumé et cohérent avec son mandat. Mais il sous-pondère un trait structurel du système monétaire international que la voix française est légitime à porter, parce qu’il fait le pont avec le second pilier du sommet.
Le système actuel présente une anomalie persistante : les capitaux remontent la pente. Loin de s’écouler des économies avancées, riches en épargne, vers les économies en développement, où la productivité marginale du capital devrait être plus élevée, ils circulent en sens inverse10. Les pays non industriels sont, en agrégat, exportateurs nets de capitaux vers les économies avancées. Les travaux de Prasad, Rajan et Subramanian ont documenté ce phénomène et montré qu’il existe, parmi les pays non industriels, une corrélation positive entre solde courant et croissance : ceux qui dépendent le moins du capital étranger croissent au moins aussi vite11. La Chine en est le cas emblématique — créancier net majeur, gros détenteur de titres du Trésor américain — mais le constat vaut au-delà.
Ce n’est pas un supplément moral à un débat technique. C’est un déséquilibre structurel à part entière. Lorsque des pays en développement financent, par leurs réserves et leurs excédents, le déficit de la première puissance, le système redistribue l’épargne à rebours de ce que la théorie du développement recommanderait. La communication officielle nomme ce sujet — les « déséquilibres de développement persistants », le passage « d’une logique d’aide à de véritables partenariats » — mais le range sous le registre de la solidarité et du partenariat, c’est-à-dire dans un vocabulaire coopératif et moral, plutôt que comme un trait du système monétaire lui-même.
Le rapprochement avec l’état de l’aide publique au développement rend l’enjeu tangible. L’APD a reculé de 23,1 % en 2025, à 174,3 milliards de dollars, avec une contraction de 56,9 % du côté américain ; la France se situe autour de 0,43 % de son revenu national brut ; aucun pays du G7 n’atteint la cible de 0,7 %12. Pendant que la solidarité publique se rétracte, les pays en développement continuent, par la mécanique des réserves et des excédents, d’exporter des capitaux vers les économies avancées. Le « retrait de la solidarité » et la « vérité des flux » ne sont donc pas deux dossiers séparés : ce sont les deux faces d’une même asymétrie. Porter ce chaînon, c’est faire dialoguer le pilier monétaire et le pilier développement du sommet, au lieu de les traiter en silos. Sur le plan opérationnel, cela peut prendre la forme d’une enveloppe réservée aux pays les moins avancés, articulée à la « vérité des flux » plutôt qu’au seul registre de l’aide.
Ce que la France peut porter
L’analyse précédente débouche sur une posture propositionnelle, et non sur un réquisitoire. Quatre orientations en découlent, qui répondent chacune à un écart.
Agir sur le mémo, pas sur le message simplifié. La première contribution française consiste à veiller à ce que la déclaration finale conserve la substance mécanique du mémo plutôt que de retomber sur le registre des flux à réduire. Concrètement, cela signifie porter dans le texte au moins un engagement qui prenne prise sur un mécanisme — transparence des soldes, architecture d’actifs sûrs, ou filet de sécurité — plutôt qu’une formule générale de coordination.
Nommer le paradoxe et en tirer la conséquence. Reconnaître que la coordination n’est pas un point de départ disponible mais un objectif à reconstruire conduit à une ambition mieux calibrée. La confiance se construit par des gestes vérifiables et réciproques ; elle ne se postule pas. Cela plaide pour des engagements modestes, mesurables et séquencés, plutôt que pour une déclaration d’intention coopérative que le comportement des acteurs démentirait dès le lendemain.
Faire de la transparence le premier livrable coopératif. C’est l’orientation la plus forte parce qu’elle est à la fois valable et faisable. Améliorer la comparabilité et la transparence des statistiques de balance des paiements est peu coûteux politiquement, construit de la confiance, et conditionne la crédibilité de tout engagement d’ajustement ultérieur. C’est aussi le point de jonction naturel avec le pilier « vérité des flux » du dossier développement.
Porter le chaînon du développement. Réinscrire les capitaux qui remontent la pente et le retrait de la solidarité dans l’analyse du système monétaire, et non dans le seul registre de l’aide, donne au format élargi du sommet — où l’Inde, le Brésil, le Kenya, la Corée du Sud et l’Égypte sont associés comme partenaires et passerelles vers les autres continents — un contenu analytique et non seulement protocolaire.
Un point de méthode mérite d’être souligné, parce qu’il conditionne la crédibilité de l’ensemble. Cette posture ne consiste pas à mettre en cause la Chine. Le mémo lui-même crédite l’offre chinoise du côté de la demande — renforcement des filets sociaux, soutien à la consommation des ménages — qui figure dans les orientations de planification du pays. La mismesure est un enjeu de méthode statistique, jamais une présomption de mauvaise foi. La logique d’ensemble est de requalifier les déséquilibres comme structurels — produits de la distribution domestique du revenu d’un côté, de l’épargne publique négative de l’autre — plutôt que comme des vices à corriger. C’est précisément ce déplacement, du moral vers le structurel, qui rend la conversation possible.
Encadré — La condition d’invalidation : que faut-il surveiller à Évian ?
Cette analyse formule une prédiction vérifiable. Elle soutient que le risque du sommet n’est pas un diagnostic erroné, mais un écart de traduction entre un mémo lucide et une déclaration politique qui pourrait en aplatir la substance.
Le test est simple. La déclaration finale d’Évian tracera-t-elle le mémo ou le message simplifié ?
- La thèse est confirmée si la déclaration s’en tient au registre des flux — « réduire les déséquilibres macroéconomiques » et « coopérer » — sans engagement portant sur un mécanisme identifiable.
- La thèse est démentie, en tout ou partie, si la déclaration propose un engagement prenant prise sur l’un au moins des trois leviers que le mémo nomme et que le message simplifié efface : la charnière monétaire et l’architecture d’actifs sûrs ; la transparence et la comparabilité de la mesure des soldes ; ou un filet de sécurité financier et des garde-fous contre la fragmentation.
Ce second résultat est jugé peu probable au niveau d’un communiqué — mais c’est précisément l’offre que cette note recommande à la France de porter. Le démenti de la thèse serait alors le meilleur des résultats : le signe qu’Évian aura visé la bonne cible.
« G7 Economists Memo on Global Imbalances », présidence de la République, 28 mars 2026 (présentation au Président ; page publiée le 30 mars). Auteurs : Chong-En Bai, Gita Gopinath, Hélène Rey et Axel Weber. URL : https://www.elysee.fr/en/G7evian/2026/03/30/g7-economists-memo-on-global-imbalances. Les passages mobilisés (mismesure des soldes, rejet du seul levier de change, ajustement par la demande, actifs sûrs européens, trajectoire budgétaire américaine, pratiques coercitives, « coordination de mesures simultanées ») figurent aux sections consacrées à la mesure et aux recommandations. ↩︎
Henry Farrell et Abraham L. Newman, « Weaponized Interdependence: How Global Economic Networks Shape State Coercion », International Security 44(1), 2019, pp. 42-79, MIT Press. Les concepts d’« effet panoptique » (surveillance) et d’« effet de goulot d’étranglement » (interruption) y sont définis. ↩︎
Brad W. Setser, « China’s ‘Fake’ De-Dollarization », Council on Foreign Relations, 30 avril 2026. URL : https://www.cfr.org/articles/chinas-fake-de-dollarization. Sur le cadrage géoéconomique, voir aussi du même auteur « Weaponizing Interdependence » (CFR). ↩︎
Gita Gopinath, Emine Boz, Camila Casas, Federico J. Díez, Pierre-Olivier Gourinchas et Mikkel Plagborg-Møller, « Dominant Currency Paradigm », American Economic Review 110(3), mars 2020, pp. 677-719. ↩︎
Matthew C. Klein et Michael Pettis, Trade Wars Are Class Wars: How Rising Inequality Distorts the Global Economy and Threatens International Peace, Yale University Press, 2020. Voir aussi Michael Pettis, « The Relationship Between Chinese Debt and China’s Trade Surplus », Carnegie Endowment, février 2025. ↩︎
Maurice Obstfeld, « Don’t blame America’s current account deficit on the dollar », PIIE Realtime Economics, 13 avril 2026. URL : https://www.piie.com/blogs/realtime-economics/2026/dont-blame-americas-current-account-deficit-dollar. ↩︎
Sur le privilège exorbitant et son corollaire — un excès de rendement des actifs externes américains sur leurs passifs estimé de l’ordre de 2 à 3 % par an (environ 3,3 % sur 1973-2004), à lire comme moyenne historique et non comme une constante garantie sous stress — voir Pierre-Olivier Gourinchas et Hélène Rey, « From World Banker to World Venture Capitalist », in R. Clarida (dir.), G7 Current Account Imbalances, NBER / University of Chicago Press, 2007, pp. 11-66. Sur la convenience yield des titres du Trésor — de l’ordre de 73 points de base en moyenne historique (1926-2008) — voir Arvind Krishnamurthy et Annette Vissing-Jorgensen, « The Aggregate Demand for Treasury Debt », Journal of Political Economy 120(2), 2012, pp. 233-267. ↩︎
Le mémo, co-signé par Gita Gopinath, cite Setser sur la mesure des soldes ; le désaccord porte sur le remède. Dans « The Real Problem With Global Trade » (Foreign Affairs, 11 juin 2026, avec Shahin Vallée), Setser soutient que la sous-évaluation entretenue du renminbi est au cœur des excédents chinois et que le G7 doit présenter à Pékin un choix : laisser sa monnaie s’apprécier, ou s’exposer à de nouvelles restrictions commerciales. URL : https://www.foreignaffairs.com/china/real-problem-global-trade. Le 11 juin, Gopinath a répondu reconnaître « a fundamental disagreement » entre le rapport des économistes du G7 (qu’elle a co-signé) et le FMI, d’une part, et les vues de Setser, d’autre part — précisant que la différence ne vient « not from ‘blind spots’ or ‘diplomacy’ or a ’lack of understanding,’ but from a careful consideration of Brad’s preferred policy recommendation (which is to fix currency misalignments) and concluding that this is not it ». En arrière-plan, le rejet de l’idée que le statut de réserve du dollar cause le déficit américain (M. Obstfeld, « Don’t blame America’s current account deficit on the dollar », PIIE, 2026). ↩︎
Brad W. Setser, « China’s Current Account Surplus Is Likely Much Bigger Than Reported », Council on Foreign Relations (données 2024-2025). URL : https://www.cfr.org/articles/chinas-current-account-surplus-likely-much-bigger-reported. Ordres de grandeur sujets à révision selon les dernières données. ↩︎
Robert E. Lucas, « Why Doesn’t Capital Flow from Rich to Poor Countries? », American Economic Review 80(2), 1990, pp. 92-96. ↩︎
Eswar S. Prasad, Raghuram G. Rajan et Arvind Subramanian, « Foreign Capital and Economic Growth », Brookings Papers on Economic Activity 2007(1), pp. 153-230. ↩︎
Données 2025 de l’aide publique au développement : recul de 23,1 % à 174,3 milliards de dollars ; contraction de 56,9 % du côté américain ; France à 0,43 % du RNB ; aucun pays du G7 à la cible de 0,7 %. Sources : OCDE, données préliminaires 2025 (avril 2026) ; Sénat, projet de loi de finances 2026, mission « Aide publique au développement » ; Focus 2030. Sur l’asymétrie financière de fond, la Chine demeure le premier créancier des économies en développement. ↩︎