Résumé exécutif

Le sommet Trump-Xi d’avril 2026 à Pékin a produit un accord partiel — achats agricoles et cadre sur les minéraux critiques — sans aborder les sujets structurels (Taïwan, subventions, semi-conducteurs). Le surplus commercial chinois a franchi 1 200 milliards de dollars en 2025 ; les tarifs américains se maintiennent autour de 13 %, soit quatre fois le niveau pré-2025 ; la Section 301 cible désormais seize économies, Union européenne incluse. L’expérience du « phase one deal » de 2020 — 57 % des engagements honorés, détournement au détriment des tiers — commande la prudence. Simultanément, la Chine a accordé un accès zéro tarif à 53 pays africains, devançant l’offre occidentale avant le Sommet Africa Forward de Nairobi.

Trois scénarios se dessinent pour le second semestre : stabilisation par commerce administré (50 %), escalade technologique (30 %), fragmentation par les périphéries (20 %). Dans chaque cas, l’OMC est marginalisée au profit d’un bilatéralisme sino-américain qui fonctionne comme un condominium de fait. Pour la France et le G7 d’Évian, la fenêtre d’action est étroite : quantifier les effets de détournement commercial, conditionner l’offre africaine à des résultats tangibles, et tenter un positionnement trilatéral États-Unis–UE–Chine avant que le commerce administré bilatéral ne se consolide.


1. Le sommet Trump-Xi qui s’est achevé le 2 avril 2026 à Pékin, après trois jours de négociations, constitue le premier déplacement d’un président américain en Chine depuis celui de Donald Trump lui-même en novembre 2017. Neuf ans séparent les deux visites, mais l’écart géopolitique est plus vertigineux encore que l’écart temporel. En 2017, le produit intérieur brut chinois représentait 63 pour cent de celui des États-Unis en parité de pouvoir d’achat ; il en dépasse aujourd’hui les 80 pour cent. Le surplus commercial chinois a franchi la barre des 1 200 milliards de dollars en 2025, un record historique qui éclipse en proportion du PIB mondial celui du Japon des années 19801. La rivalité sino-américaine n’est plus une asymétrie entre puissance installée et puissance montante : c’est un face-à-face entre deux économies qui, à elles seules, représentent plus de 40 pour cent du PIB mondial et dont la confrontation commerciale structure désormais l’ensemble des relations économiques internationales.

2. Ce sommet ne peut se lire isolément. Il s’inscrit dans une séquence de trois semaines au cours desquelles l’administration Trump a relancé la Section 301 contre seize économies, organisé des pourparlers préparatoires à Paris, et vu la Cour suprême invalider le recours à l’IEEPA comme fondement juridique des tarifs douaniers2. Le sommet de Pékin intervient donc à un moment où l’arsenal protectionniste américain se reconfigure juridiquement, où la pression commerciale s’étend bien au-delà de la Chine, et où les institutions multilatérales sont réduites au rôle de spectateurs.

3. Cette note analyse le sommet selon trois dimensions : les résultats bilatéraux et leur portée réelle ; la reconfiguration du commerce international par les sommets plutôt que par les institutions ; et les implications pour la France et l’Union européenne dans la perspective du G7 d’Évian.


Un deal partiel par construction

4. Le sommet a produit ce que les pourparlers préparatoires de Paris laissaient anticiper : un accord partiel centré sur l’agriculture et les minéraux critiques, sans toucher aux sujets structurels qui fondent la rivalité systémique. La délégation chinoise a proposé des engagements d’achat de soja américain, d’énergie (GNL, pétrole) et d’aéronefs Boeing, reprenant un format déjà expérimenté avec le « phase one deal » de janvier 2020. Les minéraux critiques font l’objet d’un cadre de discussion plutôt que d’un accord contraignant, Pékin conservant ainsi son levier principal dans la compétition technologique3.

5. La structure de ces résultats n’est pas accidentelle : elle reflète un calcul politique symétrique. Trump a besoin de montrer des « deals » visibles et quantifiables avant les élections de mi-mandat de novembre 2026. Sa base électorale agricole, qui a perdu des marchés d’exportation et fait face à la hausse des prix des intrants, exige des résultats concrets sur le soja et l’énergie. Xi Jinping, de son côté, a besoin de prévisibilité commerciale pour gérer un ralentissement intérieur caractérisé par la dette, la déflation et le vieillissement démographique. Les deux dirigeants ont donc convergé vers un accord minimal : suffisamment substantiel pour justifier un communiqué de victoire, suffisamment limité pour ne rien concéder sur les points de friction fondamentaux4.

6. Ce qui n’a pas été abordé est au moins aussi significatif. Taïwan, les subventions industrielles, les restrictions sur les semi-conducteurs avancés, la loi chinoise révisée sur le commerce extérieur (mars 2026) : aucun de ces sujets n’a fait l’objet d’un accord. Le communiqué conjoint se contente de formules sur la « stabilité stratégique constructive » qui, en langage diplomatique, signifie que les deux parties s’engagent à ne pas escalader sans avoir prévenu l’autre. C’est un plancher, pas un plafond5.

7. L’expérience du « phase one deal » de 2020 devrait inciter à la prudence. Le Peterson Institute a documenté que la Chine n’avait honoré que 57 pour cent de ses engagements, et que les achats réalisés s’effectuaient en partie par substitution aux importations européennes6. La mécanique du « managed trade » bilatéral est structurellement défavorable aux tiers : chaque dollar de soja que la Chine achète aux États-Unis sous pression politique est un dollar qu’elle n’achète pas au Brésil ou à l’Argentine.


La Section 301 : un protectionnisme institutionnalisé

8. Le sommet de Pékin ne peut se comprendre sans son préalable juridique. Le 12 mars, l’USTR a lancé des enquêtes au titre de la Section 301 contre seize économies, ciblant les « surcapacités structurelles de production manufacturière ». La Chine est au centre du dispositif, mais l’extension aux partenaires commerciaux majeurs des États-Unis – Union européenne, Japon, Corée du Sud, Vietnam, Taïwan, Mexique, Inde, entre autres – révèle une ambition qui dépasse la relation bilatérale7.

9. L’administration allègue que ces économies « produisent plus de biens qu’elles ne peuvent consommer domestiquement », ce qui « déplace la production américaine existante ou empêche l’investissement et l’expansion de l’industrie manufacturière aux États-Unis ». Le calendrier est serré : l’USTR vise une conclusion des enquêtes et une détermination des mesures correctives d’ici le 24 juillet 20268. Ce calendrier n’est pas un hasard. Il coïncide avec l’expiration de la validité des tarifs fondés sur la Section 122, que l’administration a dû mobiliser après l’invalidation de l’IEEPA par la Cour suprême en février.

10. Car c’est ici que le tableau juridique se complète. La décision de la Cour suprême dans l’affaire Learning Resources, Inc. v. Trump (20 février 2026, 6-3) a invalidé l’utilisation de l’IEEPA à des fins tarifaires, estimant que la politique commerciale ne constituait pas une « urgence nationale » au sens du statut9. L’administration a réagi en basculant sur la Section 122 du Trade Act de 1974, dont la validité est limitée à cent cinquante jours. Loin de marquer un recul du protectionnisme, cette décision n’a fait que modifier le véhicule juridique. Les tarifs effectifs américains se maintiennent autour de 13 pour cent, soit quatre fois le niveau d’avant 202510.

11. Ce qui émerge, c’est un protectionnisme institutionnalisé qui ne dépend plus d’une seule autorité juridique. La Section 301 multi-pays, la Section 122, les tarifs sectoriels : l’administration dispose d’un arsenal redondant. Le National Taxpayers Union documente pourtant l’échec économique de cette stratégie : pas de boom manufacturier, revenus douaniers sous les projections, inflation tendant vers 3,5 pour cent11. Le protectionnisme américain est désormais un régime permanent dont les coûts se distribuent de manière inégale entre partenaires commerciaux.


La Chine par la périphérie : le zero-tariff africain

12. Pendant que l’attention diplomatique se concentrait sur Pékin, la Chine annonçait une mesure dont la portée stratégique dépasse celle du sommet bilatéral : l’extension du traitement zéro tarif à l’ensemble des cinquante-trois pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle, à compter du 1er mai 2026. La Chine devient ainsi la première grande économie à accorder un accès tarifaire intégralement libre à tout le continent africain, à l’exception de l’Eswatini, qui maintient des relations diplomatiques avec Taïwan12.

13. Cette mesure n’est pas un geste philanthropique. Elle s’inscrit dans une stratégie de restructuration du commerce mondial par la périphérie, que Pékin déploie méthodiquement depuis le Forum sur la coopération sino-africaine de septembre 2024. Le commerce Chine-Afrique a atteint 348 milliards de dollars en 2025, et le zero-tariff vise à accélérer cette dynamique en ouvrant le marché chinois de 1,4 milliard de consommateurs aux exportations africaines – matières premières agricoles, minerais, produits semi-transformés13.

14. Le timing est politiquement calibré. La mesure entre en vigueur dix jours avant le Sommet Africa Forward de Nairobi (11 mai), où la France et les membres du G7 doivent présenter leur propre offre au continent. Si l’Europe arrive à Nairobi avec un discours sur la « solidarité » et les « valeurs partagées » pendant que la Chine met sur la table un accès commercial concret et immédiat, le décalage sera perçu comme une confirmation du diagnostic que les capitales africaines formulent depuis une décennie : l’Occident offre des conditionnalités, la Chine offre des marchés.

15. La stratégie chinoise opère sur deux registres simultanés. Le registre commercial pur – le zero-tariff – diversifie les sources d’approvisionnement chinoises et réduit la dépendance vis-à-vis des exportateurs traditionnels (Australie, Brésil) dans un contexte de tensions commerciales tous azimuts. Le registre géopolitique consolide un réseau de partenaires dans les organisations internationales où la Chine a besoin de soutiens – Assemblée générale des Nations unies, institutions de Bretton Woods, négociations climatiques. L’exclusion de l’Eswatini, seul pays africain à reconnaître Taïwan, rend explicite le lien entre commerce et diplomatie14.

16. Pour les pays africains, l’offre pose un dilemme structurel. L’accès au marché chinois est réel et immédiat, mais il risque de renforcer la spécialisation dans l’exportation de matières premières brutes – exactement le schéma que les stratégies de transformation structurelle tentent de dépasser. Le zero-tariff est une porte d’entrée, pas une stratégie de développement.


La rivalité gérée par le sommet : anatomie d’un nouveau régime

17. L’architecture qui émerge de cette séquence diplomatique n’est pas celle que les architectes de l’ordre commercial d’après-guerre avaient imaginée. L’Organisation mondiale du commerce, dont la quatorzième conférence ministérielle s’est tenue à Yaoundé en mars 2026 avec des résultats limités au moratoire sur le commerce électronique et aux subventions à la pêche, est structurellement marginalisée. Les sujets qui déterminent l’avenir du commerce mondial – tarifs, subventions industrielles, transferts de technologie, minéraux critiques – se négocient désormais dans des formats bilatéraux ou plurilatéraux dont l’OMC est exclue15.

18. Le sommet de Pékin illustre cette mutation. La rivalité sino-américaine est gérée par la fréquence et la densité des rencontres au sommet, pas par les règles multilatérales. Si la visite réciproque de Xi Jinping aux États-Unis se confirme pour le second semestre 2026, ce seront potentiellement quatre rencontres bilatérales dans l’année – un rythme sans précédent qui rappelle, par sa cadence, la diplomatie personnelle de la guerre froide plutôt que l’institutionnalisme libéral de l’après-194516.

19. Ce régime de « rivalité gérée par le sommet » présente trois caractéristiques distinctives. Il est exclusif : un engagement d’achat chinois de soja américain restructure le marché mondial sans que le Brésil ou l’Argentine aient voix au chapitre. Il est instable : les engagements reposent sur la volonté politique des deux dirigeants, non sur un cadre juridique contraignant. Il est asymétrique : les États-Unis disposent du levier tarifaire et de l’extraterritorialité juridique ; la Chine dispose des minéraux critiques et de la profondeur de son marché intérieur. Les puissances moyennes subissent les effets de cette interaction sans disposer d’instruments comparables.

20. Chatham House a formulé le diagnostic avec une clarté inhabituelle : le sommet Trump-Xi vise à « gérer la rivalité, pas à la résoudre »17. C’est un constat lucide, mais incomplet. La gestion de la rivalité par le sommet produit elle-même des effets structurants : elle consacre un condominium de fait sur les questions commerciales, marginalise les institutions multilatérales par contournement pratique, et place l’ensemble des autres acteurs dans une position de preneurs de prix géopolitiques – sans capacité d’influencer les termes de l’échange.


La relation transatlantique : inertie ou intérêt ?

21. Le sommet de Pékin a des implications directes pour la relation transatlantique, qui traverse une phase de redéfinition que les euphémismes diplomatiques peinent à masquer. L’extension de la Section 301 à l’Union européenne place les Européens dans la même catégorie juridique que la Chine, le Vietnam ou le Mexique : celle des économies soupçonnées de « surcapacités structurelles ». Pour Bruxelles, qui a négocié en 2025 l’accord de Turnberry avec Washington autour d’un tarif préférentiel de 15 pour cent, cette extension constitue un signal d’alarme18.

22. La question est frontale : la relation transatlantique repose-t-elle encore sur un intérêt mutuel identifiable, ou sur l’inertie institutionnelle d’une alliance conçue pour un monde qui n’existe plus ? Le Parlement européen a commandé une étude dont les conclusions sont sans ambiguïté : les divergences portent désormais sur l’ensemble du spectre – OTAN, Ukraine, commerce, technologie, climat, Chine19. Ce n’est plus un désaccord sur les moyens ; c’est un désaccord sur les fins. War on the Rocks formule le diagnostic plus directement : l’Europe doit « rompre avec l’habitude transatlantique » et abandonner le mythe du « partenaire senior » américain20. Les tarifs imposés aux alliés en même temps qu’aux adversaires stratégiques en sont la démonstration la plus tangible.

23. Si un deal bilatéral sino-américain de type « managed trade » se confirme – achats ciblés chinois contre suspension partielle des tarifs –, l’Europe se retrouve prise en tenaille. Le scénario est documenté par l’expérience du « phase one deal » : l’Europe supporterait simultanément un mur tarifaire américain et un détournement des exportations chinoises vers le marché européen, moins protégé. Adrien Auclert et ses coauteurs ont quantifié les effets macroéconomiques de tels chocs tarifaires : la perte de bien-être pour les tiers est proportionnelle à leur intégration dans les chaînes de valeur affectées21.


Trois scénarios pour le second semestre 2026

24. La séquence qui s’ouvre après le sommet de Pékin peut emprunter trois trajectoires distinctes, dont les implications pour la France et le G7 d’Évian divergent considérablement.

25. Scénario 1 : la stabilisation par le commerce administré (probabilité estimée : 50 pour cent). Les engagements d’achat chinois sont partiellement honorés. La visite réciproque de Xi aux États-Unis a lieu au troisième trimestre. La Section 301 aboutit à des tarifs différenciés par pays, créant un système de commerce administré bilatéral à géométrie variable. L’OMC est définitivement marginalisée sur les sujets commerciaux majeurs. Dans ce scénario, l’Europe dispose d’une fenêtre de négociation bilatérale avec Washington, mais perd toute capacité d’action multilatérale. Le G7 d’Évian peut proposer un cadre de « réciprocité conditionnelle » entre membres, mais sans portée systémique.

26. Scénario 2 : l’escalade par le technologique (probabilité estimée : 30 pour cent). Le sommet n’a pas abordé les semi-conducteurs avancés. Une escalade des contrôles à l’exportation américains sur les puces d’intelligence artificielle provoque des mesures de rétorsion chinoises sur les terres rares, affectant les chaînes d’approvisionnement européennes dans l’automobile et la défense. Les tarifs deviennent un instrument secondaire dans une compétition qui se joue sur le contrôle des technologies critiques. La France et l’Europe sont contraintes à un choix de camp technologique.

27. Scénario 3 : la fragmentation par les périphéries (probabilité estimée : 20 pour cent). Le zero-tariff chinois pour l’Afrique est le prototype d’une stratégie de contournement qui s’étend à l’Asie du Sud-Est, à l’Amérique latine et au Moyen-Orient. La Chine construit un réseau commercial parallèle qui ne conteste pas frontalement le système occidental mais le vide progressivement de sa substance. Les pays du Sud Global arbitrent entre accès au marché chinois et accès aux financements occidentaux, créant un système bifurqué. Dans ce scénario, le G7 d’Évian est le dernier moment où une offre occidentale crédible peut être formulée avant que la bifurcation ne devienne irréversible.


Implications pour la France : architecte ou spectateur ?

28. La France, en tant que présidente du G7, se trouve à un point de basculement. Les pourparlers préparatoires de Paris du 15 mars ont démontré que la diplomatie française pouvait jouer un rôle de facilitateur dans la relation sino-américaine. Ce capital diplomatique est un actif, mais un actif qui se déprécie rapidement si la France ne le convertit pas en influence structurelle.

29. Son expérience au CAPS du Quai d’Orsay a forgé la conviction que la géopolitique est redevenue une variable structurelle de l’économie mondiale. Le sommet de Pékin en est la démonstration la plus récente : les prix du soja, les chaînes d’approvisionnement en terres rares, le coût de l’assurance maritime dans le détroit d’Ormuz – chacun de ces paramètres économiques est désormais déterminé par des décisions politiques prises dans des formats bilatéraux exclusifs.

30. Pour le G7 d’Évian (15-17 juin), quatre axes d’action se dessinent.

31. Premièrement, l’analyse d’impact. La Direction générale du Trésor et le CEPII devraient produire avant le sommet d’Évian une quantification précise des effets de détournement commercial qu’un accord sino-américain de type « managed trade » imposerait aux exportations françaises et européennes. Sans cette base factuelle, la position française restera rhétorique.

32. Deuxièmement, la coordination commerciale européenne. La France peut utiliser la présidence du G7 pour proposer un mécanisme de concertation entre le G7 et l’Union européenne sur les instruments de défense commerciale, dépassant la logique du communiqué de cadrage (Vaux-de-Cernay, 26-27 mars) pour avancer vers un dispositif opérationnel. Le commissaire Sefcovic et le USTR Jamieson Greer devraient être les interlocuteurs prioritaires.

33. Troisièmement, l’offre africaine. La France ne peut pas arriver au Sommet Africa Forward de Nairobi (11 mai) avec un discours de solidarité face à une offre chinoise d’accès commercial. La présidence du G7 doit porter une initiative concrète – accélération de l’initiative PGII, ouverture des marchés européens aux produits transformés africains, mécanismes de garantie pour l’investissement productif – qui rivalise en tangibilité avec le zero-tariff chinois.

34. Quatrièmement, le positionnement trilatéral. La question structurelle est de savoir si la France peut se positionner comme architecte d’un cadre trilatéral États-Unis-Union européenne-Chine, ou si elle est condamnée à subir les effets d’un bilatéralisme sino-américain sur lequel elle n’a pas prise. Les pourparlers de Paris suggèrent que l’espace existe. Mais il se referme à mesure que le commerce administré bilatéral se consolide.

35. Le sommet de Pékin a confirmé que la rivalité sino-américaine est désormais le fait structurant de l’économie mondiale. La France et l’Europe n’ont pas le pouvoir de la résoudre. Elles ont encore celui de ne pas la subir passivement. La fenêtre d’Évian est étroite. Elle est aussi, pour l’instant, ouverte.



  1. Données douanières chinoises, General Administration of Customs, février 2026. Voir aussi PIIE Working Paper 26-2, « Another China Shock », février 2026, pour la mise en perspective historique avec le Japon des années 1980. ↩︎

  2. Cour suprême des États-Unis, Learning Resources, Inc. v. Trump, 607 U.S. ___ (20 février 2026), décision 6-3, Chief Justice Roberts rédacteur. Voir Holland & Knight, « Supreme Court Strikes Down IEEPA Tariffs: What Importers Need to Know Now », février 2026. ↩︎

  3. Sur les pourparlers préparatoires et les contours de l’accord partiel, voir CNBC, « What’s at stake for trade, Taiwan and Iran in Trump’s high-risk summit with China’s Xi », 12 mai 2026 ; Brookings, « What will happen when Trump meets Xi? », mai 2026. ↩︎

  4. Chatham House, « Trump-Xi summit will be about managing US-China rivalry, not resolving it », mai 2026. ↩︎

  5. CSIS, « Trump-Xi Summit in Beijing: Managing the World’s Most Important Relationship », mai 2026. ↩︎

  6. Chad P. Bown, « US-China Phase One Tracker: China’s Purchases of US Goods », Peterson Institute for International Economics, mise à jour 2022. ↩︎

  7. USTR, Federal Register, « Initiation of Section 301 Investigations: Acts, Policies, and Practices of Certain Economies Relating to Structural Excess Capacity and Production in Manufacturing Sectors », 17 mars 2026. ↩︎

  8. Holland & Knight, « USTR Launches Awaited Section 301 Investigations of 16 Economies for Manufacturing Overcapacity », mars 2026. ↩︎

  9. Penn Wharton Budget Model, « Supreme Court Tariff Ruling: IEEPA Revenue and Potential Refunds », février 2026. Les recettes des tarifs fondés sur l’IEEPA totalisaient environ 175 à 179 milliards de dollars. ↩︎

  10. PIIE, « What the Supreme Court’s tariff ruling changes, and what it doesn’t », février 2026. ↩︎

  11. National Taxpayers Union, bilan annuel des tarifs, mars 2026. Voir aussi AEI, « Evaluating the Impact of Tariffs on US Agriculture a Year After Liberation Day », avril 2026. ↩︎

  12. Gouvernement chinois, « China to grant zero-tariff treatment to all African countries with diplomatic ties », 28 avril 2026. Mise en oeuvre au 1er mai 2026. ↩︎

  13. CGTN, « BizTalk: China-Africa trade: China expands zero-tariff to 53 African nations », 8 mai 2026. Commerce bilatéral Chine-Afrique de 348 milliards de dollars en 2025. ↩︎

  14. The Voice of Africa, « China Expands Zero-Tariff Policy to 53 African Countries, Excluding Eswatini », 4 mai 2026. ↩︎

  15. Sur la marginalisation de l’OMC et la « sécuritisation » du commerce, voir PIIE, conversation avec Chrystia Freeland, 2026 ; Bruegel, « A new EU trade strategy », mars 2026. ↩︎

  16. CFR, « Global Summits to Watch in 2026: Bracing for a New Global (Dis)order? », janvier 2026. ↩︎

  17. Chatham House, « Trump-Xi summit will be about managing US-China rivalry, not resolving it », mai 2026. ↩︎

  18. White & Case, « USTR initiates Section 301 investigations of 16 US trade partners targeting industrial excess capacity », mars 2026. ↩︎

  19. Parlement européen, « The Near-term Future of the Transatlantic Relationship », étude EPRS, 2026. ↩︎

  20. War on the Rocks, « Breaking Europe’s Trans-Atlantic Habit: The End of the Senior Partner Myth », février 2026. ↩︎

  21. Adrien Auclert et al., « The Macroeconomics of Tariff Shocks », 2025. ↩︎